LA NATURE

2011 - 2012


Si la nature consiste en l’ensemble structuré des minéraux, végétaux et animaux, la question se pose de savoir de quel mode d’être relève une telle organisation : s’agit-il d’un principe interne et autonome de formation, de changement et de permanence à la fois, d’êtres de plus en plus complexes et performants que les anciens Grecs nommaient phusis, ou bien d’un continuum spatio-temporel de phénomènes macro et microphysiques liés entre eux par des lois, selon le modèle de la physique contemporaine ?

Si l’homme est bien un être naturel, en ce qu’il est, lui aussi, issu de la nature, sa différence spécifique d’avec les autres êtres de la nature, sa pensée et sa raison, lui confèrent-elles quelque liberté lui permettant de se démarquer de la nature en lui et hors de lui, pour s’en rendre éventuellement « maître et possesseur », comme on le prétend depuis le début des Temps modernes ? Ou bien, cette différence ne relèverait-elle pas aussi, dans son existence et dans son exercice, de la puissance de la nature elle-même, agissant selon le déterminisme d’une causalité matérielle et efficiente, ou selon le finalisme d’une causalité formelle et finale ?


La question se pose alors de savoir quelle attitude l’homme peut et doit adopter à l’égard de la nature : tâcher de la dominer de l’extérieur ou bien l’habiter de l’intérieur ? La première entreprise ne risque-t-elle pas de violenter la nature, tout comme l’homme lui-même, jusqu’à engendrer du chaos dans le cosmos, ainsi que l’écologie contemporaine y insiste ? La seconde attitude ne mènerait-elle pas, au nom du « respect de la nature », à méconnaître la spécificité de l’homme dans sa capacité transformatrice, jusqu’à empêcher une humanisation de la nature par ses œuvres de culture ? Mais cette humanisation ne serait-elle pas susceptible d’en prendre soin tout en permettant à l’homme de s’accomplir selon ses propres dispositions et aspirations à une vie libre et heureuse, sur les plans à la fois collectif et personnel ?

Que peut alors signifier, quant au rapport entre nature et droit naturel, l’actuel appel à la reconnaissance de « droits de la nature » et selon quelles distinction et articulation avec les droits de l’homme ? Que pourrait signifier, enfin, l’institution d’un « contrat naturel » et même d’une « nouvelle alliance » entre l’homme et la nature ?

Telles sont les questions qu’examineront nos conférences de cette année, invitant à éclairer les débats contemporains par la réflexion philosophique.