Comment réfléchir sur l’art arabo-islamique dans le cadre d’une esthétique spécifique ?
Taoufik Cherif
Maître de conférences d’esthétique et de philosophie de l’art
Faculté des sciences humaines et sociales Université de Tunis
Pour répondre à cette question, il est nécessaire de rappeler quelques réflexions sur l’histoire de l’art d’un monde très étendu à savoir le monde arabo-islamique, une histoire qui remonte à plus que 14 siècles d’un monde à la fois très proche du monde occidental et très différent de lui surtout de par sa culture, c’est à dire par la mémoire de son passé et l’affrontement de son présent. (1)
Tenter de cerner certains éléments des arts arabo-islamiques c’est contribuer à l’élaboration d’une réflexion esthétique surtout si l’on évite deux écueils :
- 1) l’orientalisme, c’est à dire l’interprétation des arts arabes à travers le prisme des paradigmes de l’esthétique occidentale qui partent soit de préjugés qui leur sont favorables soit de préjugés défavorables puisque les arts arabo-islamiques ont évolué selon un processus historique spécifique fondé sur une épistémé différente.
- 2) le réductionnisme, c’est à dire les approches qui réduisent l’art à quelques-unes unes de ses formes dominantes, comme par exemple, celles de l’arabesque des arts plastiques ou les dessins des sculpteurs dans les textes d’historiens et d’hommes politiques.
Cependant, pour comprendre la puissance créatrice des traditions artistiques arabes, une approche comparative est souvent inévitable. En effet, l’art pose le problème non seulement de son interprétation, mais aussi celui de la sensibilité esthétique des choses chez tous ceux qui le réalisent ou le perçoivent.
Aussi, il aisé d’expliquer la difficulté voire l’impossibilité de cerner la spécificité locale, régionale et nationale de ces arts de par les différences géographiques (du Sénégal aux Philippines, de la Tanzanie au Kazakhstan, du Maghreb à l’extrême orient) puisque plusieurs communautés islamiques réalisent leurs identités à partir du passé ou du présent, et à chaque peuple son attitude vis à vis des arts, des monuments architecturaux ou des choses de la vie matérielle et spirituelle. (...).
1- Oleg Grabar, Penser l’art islamique, Albin Michel.