PLOTIN, ANALYSTE ET CRITIQUE DE LA RÉFLEXION


ALAIN PETIT


Plotin s'enquiert de ce qui permet à chacun de nous de faire l'unité de ses différentes puissances psychiques; la pensée n'est pas nécessairement l'objet d'une aperception, elle s'exerce sans avoir besoin de se réfléchir. Mais cette irréflexivité de la pensée laisse en suspens la question du soi, qui ne peut se rendre compte à soi de l'exercice de sa pensée. Plotin situe la nécessité de la réflexion au point médian où nos activités psychiques disjointes dans leur exercice, la pensée et la sensation requièrent de se voir médiatisée ; la réflexion offre au soi la possibilité de cette médiatisation, c'est une pensée seconde, impure et discursive qui emprunte à la perception de quoi se figurer.

Mais précisément, la réflexion, pour nécessaire qu'elle soit, est un détour. Selon Plotin, les activités dans lesquelles on est absorbé, qui n'ont pas à se réfléchir, sont les plus accomplies, on peut dire aussi les plus vitales ; il y a ainsi dans l’œuvre de Plotin les traces d'une critique de la réflexion, de son pouvoir amoindrissant, de son incomplétude. Si le soi recouvre le sentiment de son unité par son intercession, il n'en gagne pas moins en intensité lorsqu'elle est absente.


Section : Histoire de la philosophie

sous-section 5.1 : La réflexion, des philosophies antiques à la Renaissance