Si « le monde »
consiste en l'ensemble des êtres minéraux,
végétaux, animaux et humains, la double question
se pose d'emblée de son existence et de son
essence. Le monde existe-t-il de toute éternité
ou bien a-t-il une origine, et, si oui, où et
quand a-t-il commencé d'être et, surtout,
comment : par un coup du hasard ou par
nécessité, voire par la volonté d'un être qui
lui serait extérieur et supérieur (Dieu ?), qui
l'aurait tiré du néant (ex
nihilo) ou bien aurait
donné forme à une matière amorphe préexistante ?
Cette forme elle-même révèle-t-elle une
régularité uniforme comme les lois de la nature
semblent bien en témoigner, en structurant les
rapports des êtres du monde entre eux selon un
ordre total (le cosmos) ; ou bien cet ordre
cosmologique ne masque-t-il pas des désordres
sous-jacents dont les forces pourraient bien
finir par l’emporter sur les formes du monde et
reconduire ainsi celui-ci du cosmos au chaos ?
Si
l’ensemble des êtres humains appartient
bien à ce même monde, quels sont la
place mais aussi le rôle (ou les simples
effets) du monde humain (ou la culture)
dans et pour l’ensemble des autres êtres
du monde (la nature) ? Le monde humain
entretient-il un rapport de continuité
avec le monde naturel, à la fois dans
son existence (son commencement et son
développement) et dans son essence (ou
sa structure), une telle appartenance de
l’homme au monde lui garantissant un
heureux accomplissement, comme en
atteste la sagesse des Anciens ? Ou bien
l’espèce humaine ne se distingue-t-elle
pas radicalement des autres espèces
d'êtres matériels (animales, végétales
et minérales) selon une différence
fondamentale de fait (l'esprit) qui
justifierait en droit l’entreprise de
l’homme de maîtriser la nature comme la
culture, selon une historicisation
progressive civilisant les rapports des
hommes entre eux en tendant à leur
rendre le monde de plus en plus
habitable ?
Mais cette prétention des Modernes est-elle bien légitime (et sa réalisation tout simplement possible), surtout s’il apparaissait, comme dans l’actuelle « mondialisation » capitaliste, que cette vaste entreprise de domination engendre des aliénations telles qu’elles pourraient bien non seulement mettre en danger le monde humain mais aussi, de proche en proche, accroître une entropie (ou désorganisation) naturelle susceptible de conduire à la fin du monde tout entier ? Cette inquiétude contemporaine ne nécessite-t-elle pas que la réflexion cosmopolitique se redouble, à nouveau, d'une méditation cosmologique ?
Mais cette prétention des Modernes est-elle bien légitime (et sa réalisation tout simplement possible), surtout s’il apparaissait, comme dans l’actuelle « mondialisation » capitaliste, que cette vaste entreprise de domination engendre des aliénations telles qu’elles pourraient bien non seulement mettre en danger le monde humain mais aussi, de proche en proche, accroître une entropie (ou désorganisation) naturelle susceptible de conduire à la fin du monde tout entier ? Cette inquiétude contemporaine ne nécessite-t-elle pas que la réflexion cosmopolitique se redouble, à nouveau, d'une méditation cosmologique ?