RÉFLEXIVITÉ,RÉCIPROCITÉ ET LAÏCITÉ


Patrick Henrart


« Mais mon âme jamais ne se laissa persuader » affirme Ulysse dans le chant IX de l’Odyssée.

Dès la première littérature épique, puis tragique, nous voyons le héros réfléchir sur lui-même et distinguer en lui-même des instances qui peuvent se heurter, chez Homère et Euripide, dans le Phèdre de ce dernier par exemple, alors que les caractères opposés étaient incarnés par des personnages différents, Ismène et Antigone, Créon et Hémon, dans l’Antigone de Sophocle. Le débat s’intériorise et prend conscience de lui-même avec la philosophie grecque, dans le mythe de l’attelage ailé du Phèdre de Platon.

Les philosophies matérialistes de Démocrite, Épicure et Lucrèce, puis celles du sujet : Spinoza à la suite de Descartes, montrent que la réflexion est le propre du désir, cet appétit devenu affect chez l’homme, c’est-à-dire conscient de lui-même, lui permettant de parvenir à la joie en se fixant des objectifs atteignables et compatibles avec ceux des autres, selon le critère de réciprocité.

Réciprocité signifie réversible souhaitable. C’est ce que nous indique la philosophie de la joie de Robert Misrahi. Catherine Kintzler, Charles Coutel, Henri Pena-Ruiz, Denis Collin, Yvon Quiniou sont autant d’auteurs qui nous invitent aujourd’hui à réfléchir aujourd’hui sur les conditions politiques d’une telle réciprocité, avec cette fois comme critère décisif celui de laïcité, mise à mal par l’ethnicisation de la société, choisie depuis une vingtaine d’années par des gouvernants résignés à remettre en cause l’égalité républicaine au profit du marché roi.

Réflexivité, réciprocité et laïcité, trois concepts qui nous montrent qu’encore et toujours, la philosophie est recherche d’un savoir et d’une sagesse, ontologie et épistémologie, mais aussi anthropologie, axiologie et sotériologie.



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