LE PARADOXE DE LA CONNAISSANCE DU SUJET
Sylvie CROSET
Le matérialisme soutient l'existence primordiale de la matière au détriment de toute réalité spirituelle autonome. En ce sens, ce courant philosophique se rapproche d'un monisme ontologique. Cependant, cette affirmation entraîne de grandes difficultés quand il s'agit de rendre compte du vécu humain. Dans la pratique de la psychanalyse, il apparaît que tout un pan de la « réalité » psychique, quel que soit le statut qu'on lui donne, échappe aux relations causales et au réductionnisme. Nous prendrons deux exemples, celui du délire et celui des formations de l'inconscient, pour montrer où se situent, à notre avis, les limites d'une telle position. Dans ces situations, de quelle vérité et de quelle connaissance s'agit-il ? Ces événements font partie d'une réalité psychique et le problème que nous posons est le statut d'objets psychiques conçus comme des objets de connaissance. Il s'agit d'une démarche kantienne dans le sens où nous nous interrogeons sur les conditions de possibilité de détermination de ces objets psychiques. Pourtant, chez Kant, le sujet transcendantal est posé a priori, il est nécessaire à la pensée. Son examen semble alors éludé d'office. Nous arrivons ainsi au paradoxe d'une réalité psychique dont le statut paraît indéfinissable et même inenvisageable au sein d'une théorie kantienne de la connaissance. Nous nous aiderons pour la résolution de cette énigme des trois attitudes proposées par P. Engel. On peut dissoudre un paradoxe, ce qui consiste à poser le problème de telle façon que l'aporie disparaisse, c'est la solution du matérialisme. On peut absoudre le paradoxe en le considérant comme constitutif d'un discours spécifique, c'est le cas de la psychanalyse. Enfin nous tenterons de résoudre le paradoxe en déployant le concept d'objet psychique en référence au système épistémologique du platonisme transcendantal de J. Petitot pour échapper aux contradictions soulevées.