Vérité et justification en morale selon l’éthique de la discussion : un aperçu critique
Stéphane Courtois
Université du Québec à Trois-Rivières
Habermas a développé dans ses travaux récents (Vérité et Justification : 2001) une conception particulière de la « validité morale » qu’il conçoit à la lumière d’une révision de sa théorie consensuelle de la vérité. À la suite des critique nombreuses qu’elle a essuyées (notamment par A. Wellmer et C. Lafont), il a tenté de revoir le concept épistémique de vérité sur lequel elle prenait appui de manière à combiner un concept de référence transcendant le langage et un concept de vérité immanent au langage. Alors que l’ancienne conception adhérait à une forme d’antiréalisme stipulant la non-transcendance des conditions de vérité par rapport aux conditions épistémiques de justification de nos croyances, la nouvelle conception adjoint à cet antiréalisme « interne » une forme de réalisme « externe » et admet désormais l’indépendance d’une réalité naturelle externe par rapport à l’esprit ou au langage venant limiter de l’extérieur nos pratiques justificatives. Or Habermas juge qu’une telle correction ne serait pas nécessaire pour la vérité et nos énoncés moraux parce que, selon lui, il manquerait précisément au concept de validité normative la connotation ontologique d’une référence à des objets extérieurs. Alors que les résultats de la pratique délibérative destinée à justifier nos croyances empiriques doivent se confronter au « monde », un tel point de référence trancendant la justification manquerait pour la justesse des normes et des jugements moraux. En conséquence, la conception purement épistémique et antiréaliste de la vérité trouverait dans leur cas la place qui lui revient en propre. Le but de ma communication sera d’examiner si cette conception de la validité morale (a) ne nécessite pas la présence d’une forme au moins minimale de réalisme et, dans l’affirmative, (b) pour quelles raisons Habermas refuse néanmoins de s’engager dans une forme ou une autre de réalisme moral.
Section 2 sous-section 2.3