LA RÉFLEXION OU LA DOULEUR DE L’HOMME
Laurent BIBARD
La réflexion de l’homme implique la suspension de son action comme de son jugement – réfléchir est avant décider, après agir - au sens strict du terme, repos de l’homme : position de lui-même à nouveaux frais.
Que l’homme ait à payer d’être et pour être semble lui être consubstantiel : nulle évidence à être pour l’étant dont l’être revient à s’interroger sur son être voire sur l’être. Toujours déjà jeté dans l’inquiétude, l’homme rencontre la réflexion comme le lot inévitable de la perte de spontanéité par quoi il se caractérise. La réflexion est le moment nécessaire de la dynamique par quoi l’homme, parce qu’il se reçoit tôt ou tard comme toujours déjà jeté en dehors de lui-même, tente de se trouver soi-même. Mais parce qu’il s’agit, sur fond d’une irréversible extériorité à soi éprouvée et admise, de se trouver à nouveaux frais comme l’un dont, parce qu’il l’est, il a le regret, c’est toujours sur fond d’incohérent oubli que l’homme se complète « à nouveau » ou retrouve – de même que lorsqu’il choisit au contraire de se maintenir en et comme consciente cohérence des discours dont il est, irréductiblement en tant que réfléchissant et tentant tôt ou tard de se réfléchir, l’auteur, il se manque. Réfléchissant, voilà l’homme s’inventant des mondes virtuels ; s’abstenant, le voilà se perdant comme oubli.
Il faudra se demander ici de quel « point de vue » un tel constat d’incomplétude est possible, quant ce dernier est irréductiblement reçu sur fond réfléchissant, et qu’il s’agit pourtant de restaurer l’homme en sa place et le sens de son être hic et nunc. L’on chemine ici vers l’abandon réfléchi de la parole à son support irréductible qu’est le silence sur fond de quoi elle est exclusivement capable d’elle-même.
Section : 1° section Sous-section : 1.2 Titre : Réflexion et critique de la métaphysique