RÉFLEXION ET ÉMANCIPATION
Hamidou Talibi Moussa
Enseignant Chercheur, Département de Philosophie, FLSH, Université Abdou Moumouni Dioffo de Niamey, Niger,
Résumé
Nous pouvons partir de la thèse habermassienne selon laquelle « le positivisme est l’abandon de la réflexion », pour nous interroger sur la place et l’importance de la réflexion dans notre condition moderne. Dans cette perspective, nous pouvons avancer que dans le monde interconnecté où le copier-couper-coller apparaît comme un raccourci pour résoudre « le temps de la réflexion » qu’exigent la complexité et la multidimensionalité de « notre rapport au monde », le déficit réflexif est inquiétant. Car la réification prend la place de l’usage public de la raison censé permettre la médiatisation du débat intérieur auquel le sujet pensant se livre face aux interrogations contemporaines. La publicité de manipulation ayant pris la place de l’attitude moderne – penser par soi-même –, l’homme de « notre temps » ne peut être que stressé, schizophrène et comprimé, parce qu’enveloppé dans le souci sans réflexion, chronomètre à la main toujours tendu vers des objectifs systémiques et planifiés.
La recherche du sens de la vie étant remplacée par celle de la formule, de la catégorie… la réflexion qui n’est pas experte et rentable est perçue comme une nostalgie métaphysique. À l’éternelle interrogation : peut-on vivre sans métaphysique ? la sagesse africaine enseigne que, pour parler comme Heidegger, « l’homme est le voisin de l’Être» et qu’il faut toujours, au crépuscule, revenir sous l ‘arbre à palabres chercher à renouer les fils de la vie rompus par l’imprudence de l’action de l’homme : « quand on ne sait plus où aller, on retourne d’où vient », dit la sagesse wolof.
2E SECTION :
Réflexion et philosophie pratique
Sous-section 2.1 :
L’auto-réflexion du sujet en morale