STRUCTURE PHÉNOMÉNOLOGIQUE ET SUJET DE LA RÉFLEXION : QUI RÉFLECHIT ?
Jean-François LAVIGNE
La méthode phénoménologique soit comme analyse intuitive d’un vécu de conscience réduit, comme dévoilement du sens d’être de l’étant, ou description pure du donné selon sa donation implique toujours un moment réflexif, parce qu’elle consiste à comprendre l’apparaissant à partir de sa possibilité, en le reconduisant au processus de sa venue-au-paraître comme genèse ontologique. Elle effectue donc nécessairement une “rétro-cession” (“Schritt zurück “) qui implique par essence une ré flexion.. Aussi les diverses phénoménologies reconduisent-elles, à leur manière, les énigmes et apories sur lesquelles butait déjà la problématique husserlienne de la réflexion phénoménologique, sous ses deux formes d’intuition du vécu et de réflexion noématique. La structure et les conditions de possibilité de la réflexion phénoménologique telles qu’elles apparaissent chez Husserl ont ainsi valeur emblématique pour toute approche phénoménologique de l’étant. C’est à éclairer ces apories, et à mettre en lumière leur signification ontologique, que cette communication est consacrée. Les problèmes de la réflexion husserlienne comme phénoménalisation ne tiennent pas à la validité épistémologique du processus réflexif, ni à sa possibilité de principe ; pas plus qu’à la question de son adéquation méthodologique : ces difficultés superficielles se résorbent dans l’évidence de la donnéité (Gegebenheit). Les vraies apories apparaissent lorsqu’on met en cause la possibilité et le sens de la donnéité même ; car la réflexion, loin de pouvoir être ce qui assure la « Selbstgegebenheit », la présuppose. L’objectivation réflexive se montre alors dans la dépendance radicale d’une tout autre modalité de la présence-à-soi, qui ne doit plus rien à l’intentionnalité, et dont la phénoménalité, n’ayant plus la structure d’un rapport intentionnel, dépouille le donné réfléchi de son statut d’objet. On doit repenser alors entièrement la temporalité du vécu réfléchi, sous-tendu par deux phénoménalités hétérogènes ; et par suite l’« ego » qui reçoit de “se” dire ainsi.
Professeur de philosophie à l’université de Nice, J-F. Lavigne dirige le Centre de Recherches d’Histoire des Idées (CRHI). Publications : Husserl. La terre ne se meut pas (coll.) Minuit, 1989. Husserl, Chose et Espace (Leçons de 1907), PUF, 1990. Husserl et la naissance de la phénoménologie , PUF, 2004. Vocabulaire de Michel Henry, Ellipses, 2004.
Section: 1ère section. Sous-section 1.3 : Phénoménologie et philosophies de l’existence.
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