Entre Hegel, Stirner et Nietzsche, un mot d’ordre commun : deviens l’homme que tu es !
Gilbert Zuè-Nguéma
Université Omar Bongo, Libreville (Gabon)
Entre Hegel, Stirner et Nietzsche il y a quelque chose de semblable à ce qui lie entre eux les philosophes hellénistiques : furieusement opposés sur des points sans doute essentiels mais conduits à un précepte commun : « Vivre conformément à la nature ! ». Certes Hegel, Stirner et Nietzsche ne sont pas en compétition ; ils ne visent pas la conquête d’un même public comme cela est bien le cas pour les doctrines hellénistiques, mais la volonté des deux derniers étant d’en finir avec Hegel, c’est avec raison qu’on peut leur faire assumer ensemble des problèmes auxquels tous les trois se confrontent et sur lesquels ils s’affrontent. Si l’antagonisme des écoles hellénistiques se nourrit de l’opposition non réductible de leurs conceptions respectives de la « nature », à laquelle chaque individu doit conformer sa vie pour résister au désarroi que vit l’époque, ce qui sépare les doctrines de Hegel, de Stirner et de Nietzsche se focalise sur leurs conceptions respectives de l’homme. L’homme, en effet, est au centre de la problématique philosophique de chacun. D’une certaine façon, ces philosophes sont proches les uns des autres : toutes proportions gardées, on peut dire que l’injonction de Nietzsche : « Tu dois devenir l’homme que tu es ! » se rencontre déjà aussi bien chez Hegel que chez Max Stirner. Dans L’Unique et sa propriété, ce dernier proclame sa vérité première : « La propriété vous rappelle à vous-même, elle dit : viens à toi ! » S’informant et se formant sans cesse auprès des sages antiques, Hegel, dans les Leçons sur la Philosophie de l’histoire et ailleurs réitère le fondement de la sagesse ancienne : « “ Connais-toi toi-même ” est la loi de l’esprit » dit-il. Or, aucune de ces injonctions – nettement chez Hegel et chez Nietzsche, moins chez Stirner – ne signifie que l’homme doit réfléchir sur lui-même. À la limite, chacun d’eux rejette la réflexion comme une activité abstraite, un acte d’entendement selon Hegel, qui ne promet rien de solide. Faut-il alors penser que pour les trois philosophes, la réflexion de l’homme s’exerce sur tout sauf sur lui-même, qui, pour cela, peut-être mériterait mieux ?
Références : Deux thèses soutenues : Hegel et l’esclavage (Poitiers, 1978) ; Modernité hégélienne et mondialisation (Paris I, 2003). En préparation pour l’édition : la dernière thèse et un autre livre : Africanités hégéliennes ; plusieurs articles publiées dans Exchorésis et les Annales de l’Université Omar Bongo de Libreville, d’autres sont en attente d’être publiées.
Sections : 5 ; Sous-section : 5.4 ;