LA RÉFLEXION DANS L’ŒUVRE
DE MERLEAU-PONTY
Patricia VERDEAU
Professeur
à l’IUFM. deToulouse.
Comment l’articulation
d’un discours négatif, critique de l’intellectualisme
et de l’empirisme et d’un discours positif lié à
la phénoménologie produit-elle une pensée
nouvelle de la réflexion ? Comment amener l’expérience
muette à l’expression de son propre sens ? En ramenant
l’être du monde à une signification et le sujet
clos sur lui-même à l’acte de penser, la démarche
traditionnelle d’idéalisation ne rend pas compte de
l’effectivité de la vie réflexive. Ce qui change
dans la vision merleau-pontienne de la réflexion par rapport
au cogito de la tradition philosophique, c’est donc tant
l’objet, le sujet que la manifestation même de la
réflexion. Une réflexion radicale rend compte de la
relation entre le sujet incarné et le monde. Témoignant
d’une opacité propre à la contingence et à
ses propres racines, elle suppose un rapport nouveau à la
temporalisation. Dès lors qu’elle appréhende son
archéologie charnelle, qu’elle se sait comme réflexion
sur un irréfléchi, la réflexion se fait
surréflexion et se pose constamment comme rapport interrogatif
à l’Etre pré-critique. À la réflexion
d’ordre idéaliste, La Phénoménologie de
la perception substitue une réflexion d’ordre
phénoménologique. Dans Le Visible et l’invisible,
Merleau-Ponty étend sa critique à la
perspective phénoménologique, mais rend à la
réflexion son sens ontologique originaire en l’appréhendant
comme réflexion charnelle de la main touchante et de la main
touchée, comme réflexion de soi en l’autre et de
l’autre en soi. Dans la réflexion radicale, il
s’agissait de revenir aux racines de l’irréfléchi,
dans la surréflexion, les idéalités sont déjà
présentes dans l’irréfléchi, et la
réflexion fait déjà partie du sensible. Si la
réflexion radicale posait le problème d’un
rapport entre un irréfléchi d’ordre sensible et
une réflexion d’ordre intelligible, dans la perspective
ontologique nouvelle, une dynamique s’introduit entre ces
pôles. Le risque de la première perspective réflexive
était de séparer pensée et expérience au
lieu de faire advenir le sens de l’expérience. Or, quand
le sensible se donne à voir, il produit ses propres “
noyaux intelligibles.
section: 5 sous-section: 5-4 titre :
La réflexion dans la philosophie contemporaine aux XIXe et XXe
siècles.