Science des valeurs ou réflexion morale ?
Yvon Quiniou
Il semblerait qu’une science des valeurs doive échouer à rendre compte de la valeur proprement morale et, donc, céder la place à la réflexion pour les penser. C’est le cas des éléments d’une pareille science que l’on trouve chez Marx et, surtout, chez Nietzsche : l’explication de la morale par la vie la détruit et la réduit à un fait vital, ne laissant subsister que des valeurs éthiques. Pourtant il y a l’apport de Darwin, qui échappe à cette impasse : la morale est un fait d’évolution, mais qui a pour spécificité de constituer une sphère propre qui commande à la vie et s’oppose à ses formes sauvages ou éliminatoires. Elle constitue donc bien une instance de Droit, dont la science explique l’émergence à partir du Fait, mais à laquelle celle-ci ne saurait se substituer : place est ainsi faite, mais sans mystère, à un espace de réflexion seul à même de déterminer ce qui vaut moralement.
Yvon Quiniou,
Nietzsche ou l’impossible immoralisme, Kimé, 1993
Études matérialistes sur la morale, Kimé, 2002.
2ème section, sous-section 2.1 : L’auto-réflexion du sujet en morale