Fichte et la critique du paradoxe de l’irréflexion :
le dépassement de la "chose en soi" kantienne (1792-1799)
M. Sylvain Portier,
Notre étude aura pour but d’interroger le statut que la philosophie développée par J.G. Fichte durant les années de Iéna (1792-1799) confère à l’hypothèse kantienne d’une distinction de tous les objets en « phénomènes » et « choses en soi ». Révélant la présence de vestiges réalistes cachés au cœur de la première Critique kantienne, nous mettrons en relief les apories et les paradoxes inhérents à son ontologie négative : comment concevoir la « chose en soi » comme étant le « fondement » et la « cause affectante » de la sensibilité, sans lui appliquer abusivement les catégories qui déterminent les seuls phénomènes ? Autrement dit, comment penser le « cercle » de la représentation finie sans en dépasser aussitôt les limites et sans, de ce fait, renouer avec le paradoxe de l’irréflexion qui définissait notamment le réalisme spinoziste ? Fichte relève pour sa part ce défi, en refusant la solution réaliste et anthropométrique avancée par Kant et en déduisant a priori l’intégralité, l’exclusivité et (au plan pratique du Savoir) la nécessité de la déduction catégoriale. La phénoménologie fichtéenne parvient ainsi à conserver l’esprit criticiste, selon lequel la réflexion est l’a et l’w de toute philosophie rigoureuse, tout en dépassant (ou plutôt en déplaçant) les difficultés méthodologiques et doctrinales liées à l’idée d’une « affection » du Moi par une « chose en soi ». Or, selon la lecture que nous aimerions proposer des Théorèmes 5 à 8 de la Grundlage, il nous semble que seule l’ultime synthèse du « sentiment », conçu comme « auto-affection sentimentale », permet d’établir fermement l’existence d’un lien de corrélation a priori entre le Moi limité et un Non-Moi, qui sera alors « posé comme non-posé » par le Moi réfléchissant lui-même.
Section N° 5 Sous-section N° 5.3