LE PHILOSOPHE BERGER DE L’HUMAIN PROPREMENT HUMAIN



Prof. Lazare Marcelin POAME

Vice-Doyen / Université de Bouaké – Abidjan – République de Côte d’Ivoire





Aujourd’hui plus qu’hier, l’essence de l’agir humain s’est profondément transformée avec les avatars d’une raison instrumentale en « progrès » qui permet aux technolâtres d’exhiber le spectre du cyborg (reconstruction cybernanthropologique de l’espèce), du clone humain ou de l’homme transgénique.

Qu’y aurait-t-il d’humain proprement humain dans ces reconstructions-déconstructions de l’homme ?  Comment sauvegarder l’humain proprement humain, c’est-à-dire la nature logothéorique et axiologique de l’homme ?

Pour y répondre de façon idoine, il faut avant tout se convaincre de l’idée que quand la raison instrumentale est en « progrès », l’humanité tout entière régresse, la barbarie s’installe confortablement et l’impératif pratique / éthicologique qui structure l’anthropologie philosophique dépérit. Or dans ce dépérissement, se joue tout à la fois l’avenir de l’humanité et de la philosophie entendue comme réflexion (axiologique) sur l’homme.

Le philosophe qui se trouve ainsi sommé de répondre de l’avenir de l’homme ne peut s’enfermer dans une tour d’ivoire pour contempler de très loin les menaces qui pèsent sur l’humanité. Partant, il doit s’engager corps et âme dans la sauvegarde de la nature axiologique de l’homme. Cet engagement, qui présuppose l’existence d’une nature humaine, part du principe que la plasticité de la nature humaine n’est ni indéfinie, ni infinie au point d’y loger tous les possibles technoscientifiques et même politiques.

Mais le philosophe engagé dans cette action de sauvegarde ne saurait être ni le maître de l’homme, ni le producteur du proprement humain. Sa tâche est plus modeste : il doit au moyen de la canne symbolique que représente le penser éthicologique, sur-veiller (au sens de veiller sur) l’homme de façon à tenir toujours propre, même dans une sale guerre, l’humain proprement humain entaché de la sueur froide du cyborg ou du clone et du sang noirâtre des victimes de la barbarie induite par les guerres tribales.



Abidjan, le 30 avril 2003.



Rérences bibliographiques sélectives



Ferry (L.).- Qu’est-ce que l’homme ? Paris, Odile Jacob, 2001.

Habermas (J.).- L’avenir de la nature humaine, traduction française, Paris, Gallimard, 2002.

Heidegger (M.).- Lettre sur l’humanisme in Question III, Paris, Gallimard, 1966.

Hottois (G.).- Le paradigme bioéthique, Bruxelles, De Boeck, 1990.

Hottois (G.).- Le signe et la technique, Paris, Aubier, 1986

Jonas (H.).- Le principe responsabilité, traduction française, Paris, 1990.

Poamé (L. M.).- ’’Les tâches d’une philosophie pratique à l’âge de la technoscience ’’ in : Revue de la Société de philosophie du Québec, vol. XXV, N°1, printemps 1998.

Poamé (L. M.).- ’’Enjeux philosophiques de l’Informatique’’, in : Revue scientifique de l’Université de Bouaké, REPERES, vol.2, N1, 2000.

Poamé (L. M.).- ’’Ethique procédurale de la discussion’’, in G. Hottois et J.-N. Missa, Nouvelle Encyclopédie de Bioéthique, Bruxelles, De Boeck Université, 2001.

Poamé (L. M.).- ’’Mythe, Raison et Technologies de l’intelligence’’, in Mythe, Raison, Ecriture, Abidjan, Presses universitaires de Côte d’Ivoire, 2003.



Section N°3 : Anthropologie et réflexion

Sous –section3.2 : La réflexion dans les techniques, les technosciences et les sciences cognitives