INTELLIGENCE PHILOSOPHIQUE ET CRUAUTÉ POLITIQUE
(Victoire ou échec de la pensée face à la violence institutionnelle suprême ?)
Nsame Mbongo
Par ces temps de guerres injustes et éhontées, le monde a un besoin essentiel et non négociable de repenser philosophiquement le politique. L’enjeu est simplement que l’humanité court le risque de sombrer au plus profond du gouffre de la barbarie sociale nationale et de la cruauté politique internationale, à une époque où elle semblait suffisamment avertie, évoluée et altruiste pour entrevoir ne serait-ce qu’une « situation cosmopolitique de sécurité publique des États » (Kant), et la marche assurée vers une justice sociale radicale et irréversible au sein des nations.
Les débats entre les ténors américains de la pensée politique contemporaine que sont notamment : John Rawls, Robert Nozick, Francis Fukuyama, Samuel Huntington, etc., sont largement significatifs à cet égard. Anarchie, État et utopie de Nozick, exprime de façon cynique, caricaturale et insolente ce glissement périlleux de la philosophie morale, politique et juridique vers l’absolutisation de l’ultralibéralisme, en tant que version postmoderne de la terreur des possédants sur les démunis, et de l’hyperpuissance sur les États du tiers monde.
Que peut donc l’éthique face à la terreur nationale et planétaire ? Est-ce le chaos qui représentera ce que Fukuyama osa appeler « dernier homme » et « fin de l’histoire » ? Tel Sisyphe et son rocher, l’homme et la réflexion forment une indissociable unité contradictoire, et l’humanité est condamnée à faire reculer les limites de l’animalité, pour donner toujours plus de sens à son existence, en dépit de toutes les déceptions et divagations. À travers le rationalisme éthique de Zera Yacob et Walda Heywat (philosophes éthiopiens du XVIIe siècle), puis le « communalisme » de Kwame Nkrumah (philosophe et homme politique ghanéen contemporain), le modeste apport de l’Afrique à la réflexion sur l’homme, ne peut-il pas apparaître comme un point d’appui théorique et une lueur d’espoir dans cette lutte contre la cruauté politique ?
Références : Voir auteurs cités ci-dessus.
Publications récentes : Voir entre autres :
« Matérialisme, spiritualisme et développement », in L’aspiration à être, Dianoïa, Paris, 2002.
« La raison du plus fort … Les droits de l’homme et le devenir de la rationalité juridique », contribution au XXIXe Congrès de l’ASPLF, Nice, 2002.
« Le discours et le débat contradictoire dans la « philosophie » antique africaine » (L’art de la parole chez l’Egyptien Ptahhotep), in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, n° 2 – 2003, Université de Douala
2e Section : Réflexion et philosophie pratique ; Sous-section 2.2 : Philosophie juridique et politique ; Titre : « Intelligence philosophique et cruauté politique ».