DÉLIBÉRATION, CONTEXTE ET RÉFLEXIVITÉ


Luc Bégin

Faculté de philosophie

Université Laval, Québec

Canada, G1K 7P4



La délibération éthique procède d’une réflexion. C’est par la délibération que s’exerce la capacité de choisir rationnellement la meilleure décision possible. La nature de cette délibération et la façon dont la réflexion s’y exerce ne manquent pas d’être problématiques. Il n’est qu’à penser à la pluralité des ressources appréciatives qui sont susceptibles d’y être convoquées afin d’orienter le jugement (intérêts, normes, valeurs) : laquelle d’entre elles – et pourquoi – devrait s’avérer déterminante dans la délibération ? Mais, d’abord, doit-il nécessairement y avoir une référence déterminante valant a priori pour tout contexte de délibération ? La théorie morale considère généralement qu’une réponse positive s’impose, d’où la référence à la norme qui oblige absolument (morale déontologique) ou aux intérêts devant être protégés ou maximisés par les actions choisies (morale conséquentialiste). Dans tous ces cas, toutefois, la théorie procède à une suspension, une mise en extériorité, du rôle du contexte dans l’activité délibérative. Au mieux s’agira-t-il d’un arrière-plan événementiel par lequel s’expriment des modalités variées du monde vécu ; au pire le contexte ne sera qu’un amalgame de données dont la convergence contingente place l’agent dans la nécessité d’opérer un choix d’action. Mais toujours, l’activité délibérative s’affranchit du contexte par les ressources appréciatives qu’elle convoque et qui ont l’avantage présumé de la validité et, conséquemment, de la permanence. Dans notre communication, nous entendons explorer une toute autre hypothèse : ne devrions-nous pas voir le contexte de la délibération éthique comme étant un élément constitutif, interne à ce type de délibération ? Si tel devait être le cas, quelles conséquences cela entraînerait-il quant à la manière de théoriser la délibération éthique et la réflexion qui y est à l’oeuvre ? Afin d’explorer cette hypothèse, nous porterons une attention particulière à la notion de réflexivité (Lenoble et Maesschalck, 2003 ; Giddens, 1991) qui, au minimum, signale la relation de réversibilité qu’entretiennent avec une pratique réflexive ou sociale les composantes constitutives de cette pratique.


Références :

J. Lenoble et M. Maesschalck, Towards a Theory of Governance. The Action of Norms, Kluwer Law International, 2003.

A. Giddens, Modernity and Self-Identity. Self and Society in the Late Modern Age, Cambridge, Polity, 1991.





Section: 2 Sous-section: 2.3 Titre : Éthique de l’argumentation, pragmatique et réflexion