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Esthétique et cosmopolitisme : le rôle médiateur de l’art chez Kant et Schiller


Marceline Morais





L’idéal cosmopolitique que l’on retrouve chez des auteurs tels que Kant et Schiller fait de la culture en général et de l’expérience artistique plus particulièrement, une médiation essentielle vers l’accomplissement de la destination totale de l’homme. La définition de l’homme que suppose cette conception est celle d’un être naturellement inachevé dont les potentialités doivent être développées au cours de l’histoire. D’un être naturel, la culture doit faire un être policé, puis moral dont la conduite est librement choisie et déterminée selon des principes universels. Ainsi l’homme devient-il par l’intermédiaire de la culture un être dont l’identité n’est pas définie eu égard à une culture ou à une époque déterminée, encore moins par son appartenance à une nation ou un pays mais relativement à la liberté qu’il a de participer au développement des potentialités que recèle son espèce. Si la culture prépare l’homme à devenir autonome, à agir selon par liberté et non sous la contrainte d’inclinations sensibles, l’expérience artistique lui fait entrevoir par le libre jeu des facultés la condition esthétique de toute liberté de même que celle d’un accord possible entre les hommes. Ainsi, le lien que posent des auteurs tels que Kant ou Schiller entre esthétique et cosmopolitisme est à comprendre d’abord comme un lien entre esthétique et moralité comme si le passage d’un stade naturel à un second stade, moral, devait passer par la médiation d’un troisième, qui serait esthétique. Notre intention sera de comprendre l’articulation de ces trois niveaux de développement de l‘humanité chez Kant et Schiller puis d’en questionner la pertinence, dans la mesure où l’idéal d’une humanité, voire d’une communauté cosmopolite, qui se caractériserait par la seule liberté d’agir selon des principes universels, se trouve à nouveau au centre des débats dans un monde où chaque culture est appelée à cohabiter avec les autres et où les divergences et les différences tendent à s’accentuer. L’art et la culture peuvent-ils encore être des médiateurs efficaces pour réconcilier nature et moralité? L’idéal cosmopolitique lui-même serait-il périmé? Manquerait-il somme toute d’universalité?