L’épistémologie comme

pratique théorique non scientifique



Emmanuel Barot

ater Philosophie, Université de Paris X – Nanterre (France)




« Nous n’avons pas à conserver au concept ses prestiges platoniciens ou transcendantaux, mais à calquer son statut sur les directives téléonomiques et instrumentales d’une raison toujours prospective et réflexive » (Mouloud p. 207). On défendra la thèse, poursuivie à la suite de Sartre et Althusser et à partir d’exemples de philosophie des mathématiques, selon laquelle l’épistémologie est une pratique théorique non scientifique dont il convient d’expliciter rigoureusement les instruments propres et notamment les réquisits historiographiques. A partir de l’analyse des modes variés par lesquels s’actualisent, dans les procès de l’objectivation scientifique, les a priori structuraux (logiques, pragmatiques et épistémiques : Mouloud 1989) de toute connaissance, on vise un renouvellement du concept générique de science articulant de droit et conjointement 1) ce qui se démontre et ce qui seulement se justifie en elle, 2) sa rationalité et son historicité.

L’épistémologie, travail d’une praxis collective socialement motivée, se constitue comme réflexivité du scientifique, et en tant qu’interprétative, doit assumer sa normativité. Elle incarne en son domaine la « philosophie comme opération » : bien plus théorie générale à visée opératoire que (faussement) régionale et descriptive de la connaissance, elle est « participation au processus de la réalité qui passe par l’explicitation raisonnée de ce que la réalité dit d’elle-même en se faisant » (Macherey p. 160). La onzième thèse sur Feuerbach s’en trouve ainsi affinée : transformer le monde, c’est aussi l’interpréter.


Mouloud N. 1989 : Les assises logiques et épistémologiques du progrès scientifique, Paris : Presses du Septentrion.

Macherey M. 1999 : Histoires de dinosaure, Paris : Puf.







Section 4 : Réflexion et philosophie des sciences ; Sous-section 4.2 : Méthodologie