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CRITIQUE DE LA THÉORIE HABERMASSIENNE DE
L’ARGUMENTATION : RHÉTORIQUE, RECOURS À TOULMIN ET LIMITES POUR LA THÉORIE DE L’ÉTHIQUE
Alain LÉTOURNEAU
Professeur, Université de Sherbrooke, Faculté de théologie, d’éthique et de philosophie, Sherbrooke (Québec), Canada
Il s’agit de rendre possible une intégration des apports de la théorie de l’argumentation comprise comme incluant la tradition rhétorique, pour une réflexion centrée sur la question éthique dans le contexte d’une éthique des communications. La présentation orale rappelera d’abord les grandes lignes de la théorie de l’argumentation de Jürgen Habermas, depuis la Logique des sciences sociales (1967) jusqu’à Vérité et Justification (2000). La critique du modèle habermassien sera produite sous deux aspects surtout. 1 - Rappeler que les aspects proprement rhétoriques du phénomène de l’argumentation (entendu comme travail des figures et travail de persuasion) sont laissés de côté par le philosophe de Francfort, un choix qui est lourd de conséquences sur la théorie de la communication et même sur l’anthropologie philosophique. A contrario, avec des théoriciens de l’argumentation comme Buffon et autres, il s’agit de proposer une autre conceptualisation sans renoncer à toute pensée rationnelle en éthique. 2 - D’autre part, nous montrerons que cette théorie trouve, dès les années 1960, un appui dans la pensée de Stephen E. Toulmin, célèbre pour la mise au point du « modèle Toulmin ». Cet emprunt est d’ailleurs tout à fait cohérent avec son rapport aux aspects rhétoriques. Or l’emprunt d’Habermas laisse de côté des aspects essentiels du schématisme toulminien ; nous avons pour hypothèse que ces choix ont un signification. Nous testerons notre hypothèse interprétative dans une analyse critique de Vérité et justification, ouvrage plus récent dans lequel Habermas réaffirme sa position cognitiviste ; le fait-il en tenant minimalement compte d’une modalisation raisonnable des énoncés, pourtant rendue possible par Toulmin ? Nous tenterons de montrer comment la pensée de Toulmin, qui a une vaste portée (théorie du jugement moral, analyse de la casuistique et de ses abus, recherche épistémologique) permet sans doute de développer une position plus riche, même si elle non plus ne prend pas assez en compte les dimensions rhétoriques de l’argumentation.
N° de section =section 2 N° de sous-section =sous-section 2.3