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Timo Kaitaro
Comme beaucoup d’autres penseurs et d’écrivains avant lui, André Breton pose au début de Nadja la question « Qui suis-je ? ». Mais au lieu de réfléchir à ses pensées intimes pour y connaître la réponse, Breton interroge les événements qui lui arrivent, les objets qu’il rencontre, tout ce qui provoque une réaction affective et élective chez lui. Pour autant que telles rencontres avec les êtres et avec les objets soient censées révéler quelque chose où il se reconnaît, Breton paraît se rapprocher de la doctrine platonicienne selon laquelle apprendre est toujours réapprendre ce qui a été oublié, doctrine à laquelle il fait d’ailleurs référence. Cependant, Breton ne néglige pas de préciser qu’il tient pour fausse la conception selon laquelle toutes les rencontres qui révèlent notre individualité dépendaient d’un soi-même préexistant à cette révélation temporelle qui passe par les objets. Pour Breton, ce sont les objets de la réalité, en tant qu’images-devinettes, qui nous entretiennent de nos désirs et de leurs objets réels. La conception surréaliste du sujet qui insiste sur la matérialité de l’imaginaire remet en question la distinction entre le monde intérieur et le monde extérieur : au lieu de traquer nous-mêmes dans notre for intérieur, il nous propose de réfléchir aux objets qui nous sollicitent. Au lieu de regarder notre réflexion dans la surface polie d’un miroir imaginaire qui ne peut d’ailleurs que nous montrer, dans le meilleur cas, tel que nous sommes, ou, dans le pire, tel que nous paraîtrons être Breton propose dans L’Amour fou que l’on regarde les images qui se peignent sur le « mur de Léonard ». Ce sont les « ensembles homogènes des faits d’aspect lézardé, nuageux », qui nous renseignent enfin sur ce qui nous serons ou ce qui nous dévions être.
Section : 3 Sous-section : 3.4 Titre : La réflexion dans le domaine de l’art et des arts