La critique du concept husserlien de réflexion chez Lévinas et Derrida

GIOVANNONI Augustin



Dans le projet husserlien des Ideen, l'intentionnalité n’est pas primitive. Un acte n’est intentionnel qu’en vertu d’une structure abstraite le noème. Les noèmes sont des systèmes de prédicats noématiques profondément cachés dans la pensée. Et on ne peut les dégager et les analyser que par réflexion et par époché. Le noème doit référer, décrire et synthétiser. Référer pour assurer la directionnalité de la conscience, décrire les objets complexes en combinant ses prédicats et synthétiser les descriptions des multiples aspects d’un même objet. Il le fait en fonction de règles formelles en tentant de concilier l’analyse noématique avec la description phénoménologique de la manifestation comme donnée antéprédicative de l’expérience, c’est-à-dire la structuration qualitative du monde. À partir de là, se donne l’essence de l’objet dans une intuition éidétique qui isole le contenu de l’activité même de la connaissance comme donation de sens et comme constitution d’objet. La réflexion permet ainsi d’entreprendre un retour au monde par l’analyse progressive de cette constitution qui pose les modalités selon lesquelles le corrélat de la conscience noétique (ou noème) est posé par l'intentionnalité donatrice de sens.

Selon Lévinas, Husserl a découvert « une extériorité déchirant le sein de l’intime ». Cette extériorité inassimilable à « l'extase intentionnelle », il la définit comme rétrocendance, manière de dire non la réflexion en retour mais ce revenir en arrière et cet aller au fond d’un Ego qui a à se déprendre de soi. Cette critique permet à Levinas de briser la métaphoricité de la théorie comme regard, de l’intuition comme vision, de l’intentionnalité comme visée. Le retour fréquent de Derrida au motif husserlien permet de cerner la distinction entre déconstruction et réflexion. Son travail met en effet en question l’impensé de la réflexion et les limites de sa possibilité. Derrida cherche à conceptualiser cet «au-delà» du jeu de miroir mis en oeuvre par la réflexion noématique husserlienne. Cette confrontation débouche sur une question philosophique centrale, celle de la fondation ultime de l’étant.

Section: le section. Sous-section: 1.2. Titre: Réflexion et critique de

la métaphysique.