RÉFLEXION DE KARL POPPER SUR L’INTERPRÉTATION MARXISTE DE L’HISTOIRE





Martin Edzima







Si la philosophie de l’histoire ou l’historicisme est une doctrine de l’intervention politique telle celle d’ A. Gramsci, qui sous-entend l’idée de progrès dans le combat pour l’émancipation du genre humain, chez K. Popper, ce même terme a une autre acception. Il le définit dans Misère de l’historicisme, ouvrage comparable à un traité sur les sciences sociales comme une théorie, touchant toutes les sciences sociales, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui envisage que ce but peut-être atteint si l’on découvre les « rythmes » ou les « patterns » les « lois » ou les « tendances générales » qui sous-tendent les développements historiques. Cette définition vise en particulier le marxisme qui, en son principe, est un système « totalitaire » suivant le mot souvent employé aujourd’hui, parce qu’il prétend bien expliquer la destinée complète de l’homme. Contre le déterminisme sociologique ou historique d’un Marx qui cherche à tout prix de trouver une intrigue dans l’histoire en vue de vaticiner les lendemains meilleurs, Popper l’oppose à une interprétation non déterministe de l’histoire en s’appuyant certainement sur la physique quantique qui nous enseigne que l’ « avenir est ouvert » ou que l’univers est indéfini. Imprégné de cette modestie intellectuelle qui consiste non pas à fixer un but absolu à la société par des prétendues « lois historiques » dont se sont inspirés les « marchands d’illusions », Popper décline cette offre alléchante en faisant confiance tout comme Socrate en l’homme, c’est-à-dire au pouvoir de la raison pour réduire les « douleurs d’enfantement » sur terre. Ainsi donc, il place l’Homme au centre de l’univers et non l’Histoire. Il incombe seulement à lui seul d’être l’ artisan de son destin au moyen du principe de responsabilité dont dépend largement l’avenir.