L'HOMME, SON CERVEAU ET SA RÉFLEXION : LA BIOLOGIE CONFIRME HUME


Georges CHAPOUTHIER,

UMR CNRS 7593 et 8590 - Hôpital Pitié-Salpêtrière


Comme le reste du corps, le cerveau humain est construit à l'image d'une mosaïque, c'est-à-dire d'un système complexe où les propriétés du « tout » laissent une large autonomie aux propriétés des parties. De nombreux exemples peuvent en être donnés dans la multiplicité des structures de l'encéphale et des aires cérébrales du cortex. La même construction en mosaïque s'applique aussi aux facultés mentales comme le langage ou la mémoire, à la fois unitaires et multiples, reflets des acquisitions successives de nos ancêtres pendant l'évolution. Cette « mosaïcité » n'exclut pas pour autant un appel à la binarité, qui est le mode d'organisation le plus simple, où le « tout » repose sur deux parties. Pour le cerveau, ce mode d'organisation binaire culmine chez l'homme dans les fonctions spécifiques des deux hémisphères cérébraux, l'un (en général le gauche) analytique et discursif, support de la réflexion scientifique, l'autre synthétique et « artiste » (en général le droit), support de la réflexion imaginaire. Notre réflexion est donc construite sur un modèle humien et dissocie nécessairement les faits et les valeurs. Elle repose aussi sur d'autres composantes binaires, comme la contradiction, chère aux dialecticiens. Ce qui n'empêche pas notre réflexion d'être capable de dépasser les dissociations binaires, pour élaborer finalement des réponses plus synthétiques. Ainsi la morale discursive est l'exemple d'une situation où l'appréciation des valeurs est confrontée à une rationalité analytique.


Référence :


G. Chapouthier, L'homme, ce singe en mosaïque, Editions Odile Jacob, Paris, 2001



Section : 4 Sous-Section : 4.3

Titre : Evolution et réflexion dans les sciences de la vie