L’homme et La lumière.
Dominique BOUILLON
L’encyclopédie cartésienne, des premiers traités de logique et de science aux Principes de la philosophie, nous invite à poser la question de la relation entre la position du sujet pensant ou de l’aperception, et celui de l’homme comme l’objet de la science de la nature. Le point de vue réaliste est-il tenable ? Est-ce l’homme qui forme une condition de vérité pour la réflexion ou la réflexion, comme sujet et aperception, qui permet de dire ce qu’est l’homme ?
Le renversement de la position réaliste de la Philosophie naturelle à l’idéalisme de la Métaphysique conçue comme une critique de la connaissance dans les textes de Descartes impose que nous revenions en amont, à la théorie de la science des Padouans qui ont posé les questions qu’il tente de résoudre dans ses Méditations et qu’il commente dans ses Principes. La découverte intellectuelle de l’homme en Métaphysique fait suite à un long débat du commentaire d’Aristote à Padoue, et notamment à la thèse de Zabarella sur les grandes démonstrations, l’éternité du mouvement, l’immortalité de l’entendement de l’homme. Il constate en effet l’absence, chez Aristote, d’une preuve de l’immortalité de l‘entendement humain et d’un discours sur l’entendement de l’homme ; mais il déchiffre la structuration intégrale de la science naturelle à partir du texte de réflexion du philosophe sur les règles de la formation de la démonstration scientifique dans les Seconds Analytiques. Descartes reprend ainsi, un demi siècle plus tard, la question débattue par les padouans, et propose une synthèse encyclopédique impliquant un renversement copernicien du mode de considération scientifique sur l’homme, la nature, et le monde : celui du sujet pensant, compatible avec la voie moderne dans le contexte de la contre-réforme.