VIE ACTIVE ET VIE COMPTEMPLATIVE : HANNAH ARENDT, LES GRECS ET NOUS
Tanella Boni
Professeur Titulaire Université de Cocody BP V 34 Abidjan (Côte d’Ivoire)
Dans la Condition de l’homme moderne, Hannah Arendt propose l’expression vita activa pour désigner trois activités fondamentales : le travail, l’œuvre et l’action. Passant en revue les différentes acceptions de l’expression, elle montre comment, chez les Grecs, il existait une vie contemplative, bios théorétikos chez Platon et chez Aristote. Cette vie de l’esprit est celle de la réflexion et de la pensée celle qui permet à l’homme de comprendre sa condition d’homme et son « devoir de mortel », de savoir que tout ce qu’il fait il le fait dans le temps. Mais réfléchir dans le temps, n’est-ce pas par la même occasion s’inquiéter de l’éternité ? On pourrait donc montrer que le détour par les Grecs, chez Hannah Arendt, vise à conforter l’idée selon laquelle les activités humaines sont des manières plus ou moins efficaces, « utiles » de passer le temps, de laisser des traces après soi, de désirer l’immortalité. Mais laisser des traces de son passage sur la Terre ne signifie pas être éternel. Car l’expérience de l’éternité est une sorte de « mort » provisoire, cette vie contemplative, théoria, indicible, sans parole, qui ne peut avoir lieu qu’en « dehors des affaires humaines, en dehors de la pluralité des hommes ». N’est-ce pas là le lieu où prennent place la pensée et la réflexion ? Hannah Arendt, penseur politique, en montrant la différence entre vie contemplative et vie active, nous renvoie ici à quelque chose d’essentiel, la quête d’immortalité.
Cette quête n’est pas la même selon que l’on mène une vie de labeur, que l’on « fabrique » une œuvre ou que l’on s’adonne à une activité politique. Chaque type d’activité montre bien en quel sens il contribue à l’humanité, évitant ainsi, à l’humain, de tomber au rang de l’animal ; ajoutant à l’animalité pure et simple un qualificatif qui renvoie à « ce que nous faisons », zoon politikon, ou homo faber . Ainsi, mener une vie active signifie d’abord vivre en société, être en relation avec d’autres humains. L’homme n’est point un animal solitaire. En quoi consiste le vivre ensemble ? La réflexion de Hannah Arendt ouvre sur des questions toujours actuelles : ce que l’homme est capable de faire mais surtout ce qu’il peut « faire à l’homme », cela nous autorise à continuer la réflexion sur la violence et toutes les horreurs en ce début du 21ème siècle.
Cette communication peut trouver sa place en 2.2 (philosophie juridique et politique) ou encore en 5.4 (la réflexion dans la philosophie contemporaine)
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