La théorie des sciences d’Imre Lakatos.



Jean-Aimé SAFOU




L’idée force qui sous-tend la pensée scientifique de Lakatos est la reconstruction des théories scientifiques. Cette re-construction s’abreuve des faits scientifiques historiques, des théories constituées, que l’historien évalue, compare les unes avec les autres, dont il mesure le degré informationnel et explicatif. L’évaluation des théories scientifiques, selon Lakatos, doit tenir compte de la relation entre les théories : la relation entre les théories est essentielle, dit-il, dans tout programme de recherche. Dès lors, la définition que l’on donne au progrès se trouve forcement modifié. Ce n’est plus un processus se fondant sur le rejet systématique des théories insatisfaisantes – une thèse longtemps défendue par Popper –, mais le résultat d’une modification, d’une amélioration des théories incriminées.

Proposées pour résoudre la difficulté devant laquelle nous place le réfutationnisme intégral et intransigeant de Popper, la modification et l’amélioration théoriques (théories physiques et mathématiques) n’excluent pas de manière définitive la possibilité de remplacement des théories. En l’admettant, Lakatos conserve son côté poppérien certes, mais semble plutôt proche de la thèse kuhnienne qui fait du rejet d’une théorie et de son remplacement un événement rare (une révolution) qui survient seulement en temps de crises.

Ce que nous présente Lakatos en réalité, c’est une vision renouvelée de l’histoire et de la théorie des sciences, en se servant d’une méthodologie elle-même revisitée et re-construite : le réfutationnisme sophistiqué. Celui-ci se fait à l’intérieur d’un programme de recherche déterminé dont le noyau dur, son heuristique et son glacis protecteur permettent de juger de la progression ou la dégénérescence du programme. En mathématique, ce réfutationnisme sophistiqué est très manifeste : les énoncés mathématiques sont des conjectures qui sont décomposées, analysées et reconstruites. Lakatos suggère donc pour la recherche mathématique le modèle conjectural.



Indications bibliographiques.

Bachelard (Gaston) La formation de l’esprit scientifique, Paris, Vrin, 1977.

Cohen (Bernard) Les origines de la physique moderne, Seuil, coll. Points sciences, 1993.

Chalmers (Alan) Qu’est-ce que la science ?, Paris, Découverte, 1987.

Hawking (Stephen) Sur les épaules des géants, Paris, Dunod, 2003.

Koyré (Alexandre) – La révolution astronomique, Paris, Hermann, 1961.

Koetsier (Teun) Lakato’s philosophy of mathematics : historical approach, Volume 3, North-Holland, 1991.

Kuhn (Thomas S.) La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1983.

Lakatos (Imre) & Musgrave (Alain) Criticism and the Growth of Knowledge, Cambridge university press, 1970.

Lakatos (Imre) – Mathematics, science and epistemology, Philosophical Papers Volume 2, Cambridge university press, 1978.

Preuves et Réfutations, Paris, Hermann, 1984.

Histoire et Méthodologie des sciences, Paris, P.U.F, 1994.

Laudan (Larry) La dynamique de la science, Bruxelles, Pierre Mardaga, 1977.

Margenau (H) The nature of physical reality, New York, Mc Graw-Hill, 1950.

Popper (Karl R) La logique de la découverte scientifique, Paris, Payot, 1973.


Section 4 : Réflexion et philosophie des sciences. Sous-section 4.4 : Histoire des sciences.

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