DIOGÈNE LAËRCE : UNE RÉFLEXION SUR L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
Christelle Veillard
L’homme est parfois poussé par l’histoire à se pencher plus près encore que d’ordinaire sur sa propre image, afin de resaisir ce qu’il est, et comment il se conçoit. L’écriture est alors le lieu où il s’expérimente comme sujet-objet, le moment où il peut revenir sur le trajet déjà parcouru. L’œuvre de Diogène Laërce est l’exemple frappant d’une telle écriture, qui se donne pour projet de retrouver dans un passé reconstruit des valeurs qui manquent à son présent. Lorsque nous lisons les Vies et doctrines des philosophes illustres, nous ne lisons pas une simple histoire de la philosophie, ni un compilateur médiocre, qui n’a fait que rassembler des textes au hasard. Nous lisons au contraire un véritable manifeste pour éclairer les esprits, écrit par un homme qui a foi en la faculté humaine de raisonner et de se réfléchir. Les Vies s’inscrivent dans le besoin de trouver une vision alternative du monde. La philosophie est le réservoir salvateur de doctrines diverses dans lequel on pourra puiser, pour combattre une certaine conception de l’homme : dans une perspective éclectique, presque encyclopédique, et déjà humaniste, Diogène se dresse contre le dogmatisme, les mystères, la croyance aveugle en des résultats plus qu’en des raisonnements. Son œuvre porte de nombreuses traces de ses choix, tant pour ce qui concerne les sources utilisées que pour la perspective générale adoptée ; de ses commentaires, ajouts, de sa manière de travailler, de sa personnalité enfin. Relire les Vies, en faisant apparaître leur structure et le mouvement même de leur élaboration, c’est prendre la mesure d’une véritable réflexion menée sur l’histoire de la philosophie, et en tirer des enseignements quant à la fonction que lui assignait Diogène Laërce, et que nous pouvons sans doute encore lui assigner.
Section : 5. Sous Section : 5.1. Titre : Diogène Laërce, une réflexion sur l’histoire de la philosophie.