« JE SUIS PARCE QUE NOUS SOMMES » :
SENS ET LIMITES D’UNE INVERSION DU COGITO
Paulin J. HOUNTONDJI
Résumé
À tort ou à raison, on a voulu opposer à ce qu’on appelle, globalement et sans nuances, l’individualisme occidental, une philosophie africaine qui reconnaîtrait d’emblée, la prééminence de la communauté et de la culture collective. C’est ce qu’exprime clairement le théologien kenyan John Mbiti en écrivant dans African religions and philosophy (Religions et philosophie africaines) : « I am because we are. And since we are, therefore I am » (Je suis parce que nous sommes. Et puisque nous sommes, alors je suis).
La communication ici proposée montrera la récurrence de ce thème dans la littérature philosophique et idéologique africaine du XXème siècle. Elle indiquera quelles difficultés, quelles impasses théoriques se trouvent d’emblée réglées par cette inversion du cogito. L’antériorité du « Nous » par rapport au « Je » évacue notamment la question de l’existence d’autrui qui n’a jamais été réglée de façon satisfaisante ni chez Descartes, ni chez Kant, ni chez Husserl. Elle écarte d’emblée l’écueil du solipsisme que Sartre, héritier de cette tradition idéaliste, tentait d’écarter à sa manière en affirmant « la transcendance de l’Ego. »
D’un autre côté, cependant, on ne peut se satisfaire aujourd’hui, même en Afrique, surtout en Afrique, d’une telle inversion qui équivaut, en fait, à une évacuation pure et simple du cogito. Par-delà tout ce qu’on a pu reprocher, à tort ou à raison, à la démarche cartésienne, par-delà l’écueil du solipsisme et le risque d’enfermement dans un Ego imaginaire, la véritable leçon de Descartes, l’enjeu du cogito concerne la responsabilité du sujet ici et maintenant. La communication montrera pourquoi cet enjeu n’est pas lié à une culture particulière, par exemple à la culture française du XVIIème siècle, et en quel sens on le retrouve, aujourd’hui, dans les batailles en cours hors d’Europe.
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